C’est avec une profonde tristesse, une grande consternation et un immense regret que j’ai appris le drame survenu dans la concession de la Cathédrale du Centenaire, dans la commune de Lingwala, en pleine célébration d’un mariage, faisant, selon le bilan provisoire communiqué par le bourgmestre de Lingwala, 22 morts.
Au-delà de la douleur et de l’émotion que suscite cette tragédie, ce drame doit nous interpeller collectivement sur notre capacité à prévenir, anticiper et gérer les risques auxquels nos villes et nos populations sont exposées.
En tant qu’Urbaniste, concepteur et gestionnaire des villes, mais également Chercheur, je ne peux m’empêcher de poser une question fondamentale :
Avons-nous suffisamment pensé et organisé nos espaces urbains pour protéger la vie humaine en situation d’urgence ?
L’incendie n’est pas uniquement un problème de pompiers
Un incendie constitue certes une urgence opérationnelle nécessitant l’intervention rapide et efficace des services de secours. Mais sa prévention et sa gestion relèvent également de l’urbanisme, de l’architecture, de l’aménagement du territoire et de la gouvernance urbaine.
La localisation des équipements recevant du public, l’accessibilité des sites, la largeur et la continuité des voiries, les possibilités d’évacuation, les issues de secours, la disponibilité des points d’eau, la proximité des services d’intervention et l’accessibilité des véhicules de secours sont autant de paramètres qui doivent être intégrés dès la conception et l’organisation de la ville.
Une ville bien planifiée ne doit pas seulement être fonctionnelle en temps normal ; elle doit également être capable de protéger ses habitants lorsqu’une situation exceptionnelle survient.
Avons-nous suffisamment préparé nos villes aux situations d’urgence ?
Le drame de Lingwala doit nous conduire à examiner avec sérieux nos dispositifs de sécurité dans les lieux accueillant un nombre important de personnes.
Il ne suffit pas de construire des bâtiments et d’y organiser des rassemblements. Il faut également s’assurer que ces espaces répondent à des exigences minimales de sécurité : issues de secours dégagées et accessibles, signalisation appropriée, dispositifs d’alerte, moyens d’extinction, accès aux véhicules de secours et plans d’évacuation régulièrement testés.
La question n’est donc pas uniquement de savoir ce qui s’est passé, mais aussi de nous interroger sur ce qui pouvait être anticipé, prévu ou amélioré afin de réduire les conséquences humaines d’un tel événement.
La localisation des secours est aussi une question d’aménagement urbain
Dans une métropole comme Kinshasa, la rapidité d’intervention des services de secours doit être considérée comme une composante essentielle de la planification et de la gestion urbaines.
La répartition territoriale des casernes et des centres de secours, la disponibilité des équipements, l’état des infrastructures routières, l’accessibilité des quartiers et la fluidité de la circulation peuvent faire la différence entre une intervention efficace et une catastrophe aux conséquences encore plus lourdes.
Nous devons, dès lors, intégrer davantage la cartographie des risques, l’accessibilité des services d’urgence et la couverture territoriale des dispositifs de secours dans nos politiques d’aménagement urbain.
*Prévenir plutôt que constater*
Chaque catastrophe nous rappelle une vérité fondamentale : la prévention coûte moins cher que la réparation des conséquences d’un drame humain.
Nous devons renforcer les contrôles de sécurité des établissements recevant du public, exiger des plans d’évacuation adaptés, organiser régulièrement des exercices de simulation et responsabiliser davantage les propriétaires, les gestionnaires ainsi que les organisateurs d’événements.
La sécurité incendie ne doit pas être réduite à une simple formalité administrative ou à une exigence théorique.
Elle doit devenir une véritable culture urbaine et une responsabilité collective.
*Ne faisons pas de ces 22 morts une simple statistique*
Derrière le chiffre de 22 morts, il y a 22 vies, 22 histoires, des familles endeuillées, des parents, des enfants, des proches et des projets brutalement interrompus.
C’est pourquoi, avec une profonde compassion et un immense regret, j’adresse mes pensées les plus sincères aux familles des victimes ainsi qu’à toutes les personnes touchées par cette tragédie.
La cause exacte de l’incendie devra être établie par les investigations compétentes. Il serait donc prématuré d’en tirer des conclusions définitives. Mais quelle qu’en soit l’origine, ce drame doit nous obliger à tirer les enseignements nécessaires et à agir pour que de telles tragédies ne se reproduisent plus.
*Ma conviction de concepteur et gestionnaire des villes*
Je demeure profondément convaincu que l’urbanisme ne consiste pas uniquement à organiser l’espace pour construire la ville ; il consiste aussi à organiser cet espace pour protéger ceux qui y vivent.
L’urbanisme doit intégrer la prévention des risques, la sécurité des populations, la résilience des infrastructures, l’accessibilité des secours et la capacité de la ville à faire face aux situations d’urgence.
Notre responsabilité, en tant que professionnels de la ville, chercheurs, décideurs publics et citoyens, est de contribuer à construire des territoires plus sûrs, plus prévoyants et plus résilients.
Construire la ville, c’est construire des infrastructures.
Construire une ville résiliente, c’est surtout construire un système capable de protéger la vie humaine.
Que la mémoire des victimes de ce drame ne soit jamais réduite à une simple statistique.
Que leur disparition nous interpelle.
Qu’elle nous oblige à réfléchir.
Et surtout, qu’elle nous oblige à agir.
Avec regret, compassion et responsabilité.
» Fiston ILANGI NDEKE
Urbaniste – Chercheur
Chef de Travaux à l’Institut Supérieur d’Architecture et d’Urbanisme (ISAU) »
