La rencontre de Bujumbura entre les différentes composantes politiques et le président en exercice de l’Union africaine a suscité de nombreuses interrogations, parfois alimentées par des spéculations et des procès d’intention. Il est donc essentiel de rétablir les faits et d’éclairer l’opinion publique nationale et internationale.

En tant que membre de la Conférence des présidents du C64, je tiens à rappeler que notre participation à ces échanges s’inscrit dans une logique de responsabilité politique et de recherche de solutions à la crise multidimensionnelle que traverse la République démocratique du Congo. Cette crise est à la fois sécuritaire, institutionnelle, politique, économique et sociale. Elle appelle des réponses fondées sur le dialogue, la légitimité des institutions et l’intérêt général.

Le mandat porté par la délégation du C64 était clair : défendre les aspirations légitimes du peuple congolais. Ces aspirations se résument en quatre priorités essentielles : un dialogue national véritablement inclusif, le rétablissement d’une paix durable, le respect strict de l’ordre constitutionnel établi et l’organisation d’élections libres, transparentes, crédibles et apaisées.

À aucun moment, les représentants du C64 ne se sont rendus à Bujumbura pour solliciter des postes ministériels, négocier des privilèges ou rechercher des avantages personnels. Une telle lecture réduit le débat politique à une logique de partage du pouvoir, alors que la crise congolaise exige avant tout une refondation de la gouvernance et un rétablissement de la confiance entre les institutions et les citoyens.

D’un point de vue géopolitique, l’implication de l’Union africaine illustre le principe africain de prévention et de résolution pacifique des conflits. Les expériences du continent montrent que les crises politiques prolongées se résolvent rarement par la seule confrontation. Elles nécessitent des mécanismes de médiation capables de créer un espace de négociation où les intérêts de la nation priment sur ceux des acteurs politiques.

Les différentes composantes ont été reçues séparément avant une séance plénière commune. Cette méthode relève des pratiques classiques de médiation internationale : elle permet à chaque partie d’exprimer librement ses positions avant la confrontation constructive des points de vue. Son existence ne préjuge pas de l’issue des discussions, mais témoigne d’une volonté d’organiser un dialogue structuré.

Les sciences politiques enseignent qu’une opposition responsable peut participer à des consultations ou à une médiation sans renoncer à ses principes. Le dialogue n’est pas une capitulation. Il constitue un instrument de gestion des conflits lorsqu’il est conduit dans le respect des règles constitutionnelles, de l’égalité des parties et de l’intérêt supérieur de l’État.

Le C64 demeure fidèle à sa ligne politique : préserver l’ordre constitutionnel, défendre la souveraineté de la République et promouvoir une solution politique durable. Cette démarche est compatible avec les principes de l’État de droit et avec les standards internationaux de prévention des crises.

Une restitution complète sera faite par les membres du Présidium dès leur retour à Kinshasa afin que les citoyens disposent d’une information précise sur le déroulement des échanges. Dans une démocratie, la transparence est indispensable pour préserver la confiance entre les dirigeants et le peuple.

La République démocratique du Congo appartient à tous ses citoyens. Face aux défis historiques auxquels elle est confrontée, le temps est venu de privilégier l’intérêt supérieur de la Nation sur les calculs partisans. La paix, la stabilité institutionnelle et le respect de la Constitution ne sont pas des concessions ; ils constituent les fondements indispensables de toute reconstruction politique durable.

 

Prince Kinana

Président du MND

Membre de la conférence des présidents du C64