Le 30 juin 2026, la République démocratique du Congo célèbre le 66ᵉ anniversaire de son accession à l’indépendance. Cette commémoration ne devrait pas être une simple cérémonie protocolaire. Elle doit être un moment de lucidité nationale, d’évaluation scientifique et stratégique de notre trajectoire, afin de répondre à une question essentielle : 66 ans après l’indépendance, la RDC a-t-elle pleinement conquis sa souveraineté ?
Sur le plan juridique, l’indépendance ne se limite pas à la proclamation de 1960. Elle suppose l’existence d’un État capable d’exercer effectivement son autorité sur l’ensemble de son territoire, de protéger ses citoyens, de garantir les libertés fondamentales et de faire respecter la Constitution. La souveraineté ne se proclame pas : elle s’exerce.
Or, cette souveraineté demeure inachevée. Depuis près de trois décennies, l’Est de la RDC est le théâtre de conflits armés récurrents, de déplacements massifs de populations, de violations des droits humains et d’une instabilité qui fragilise durablement l’État. Cette guerre, alimentée par des groupes armés et des intérêts régionaux et économiques complexes, constitue l’un des plus grands obstacles au développement national.
Sur le plan géostratégique, la RDC occupe une position centrale sur le continent africain. Ses ressources minières stratégiques, son potentiel énergétique, agricole et forestier devraient lui permettre de devenir une puissance économique et diplomatique majeure. Pourtant, ces richesses ont souvent été davantage un facteur de convoitise que de prospérité.
Aucun État ne peut prétendre au développement durable sans sécurité. Aucune économie ne peut prospérer lorsque des portions de son territoire échappent durablement à l’autorité publique. Aucune démocratie ne peut pleinement fonctionner lorsque la guerre devient une réalité permanente.
C’est pourquoi la construction d’une armée nationale, républicaine, professionnelle, disciplinée et véritablement dissuasive devrait constituer une priorité stratégique absolue. Une armée moderne ne se limite pas au nombre de soldats ; elle repose sur une formation de qualité, un commandement fondé sur le mérite, des équipements adaptés, un renseignement performant, une logistique efficace et une gouvernance militaire transparente. Elle doit être exclusivement au service de la Nation, de la Constitution et de tous les citoyens, sans instrumentalisation politique.
La capacité de dissuasion constitue un pilier de la souveraineté. Un État dont les frontières sont protégées, dont les forces armées sont crédibles et dont les institutions de sécurité sont efficaces réduit les risques d’agression extérieure et renforce sa position dans les négociations diplomatiques.
Sur le plan institutionnel, l’alternance politique de 2019 avait suscité de fortes attentes en matière de gouvernance, de sécurité et de consolidation de l’État de droit. Aujourd’hui, les appréciations sur le bilan des autorités sont contrastées. Certains mettent en avant des initiatives dans les infrastructures, la diplomatie ou les investissements publics ; d’autres soulignent la persistance de l’insécurité, les difficultés économiques, les tensions politiques et les insuffisances de la gouvernance. Ces divergences font partie du débat démocratique.
En revanche, un principe ne devrait souffrir d’aucune ambiguïté : la Constitution demeure le socle de l’État de droit. Toute réflexion sur une éventuelle révision constitutionnelle doit être conduite dans le strict respect des procédures prévues par la Constitution, dans un climat de dialogue et avec pour seul objectif l’intérêt général.
L’expérience de nombreux États montre que les réformes constitutionnelles perçues comme visant principalement à prolonger le pouvoir d’un dirigeant peuvent accentuer les tensions politiques et fragiliser les institutions. À l’inverse, la stabilité institutionnelle, le respect de l’alternance démocratique, l’indépendance de la justice et la limitation du pouvoir renforcent la confiance des citoyens et des partenaires internationaux.
À 66 ans d’indépendance, le véritable défi de la RDC n’est pas de concentrer davantage le pouvoir, mais de bâtir un État fort par ses institutions. La priorité nationale devrait être la restauration de la paix dans l’Est, la professionnalisation des forces de défense et de sécurité, la lutte contre la corruption, la transformation locale des ressources naturelles, l’industrialisation, la création d’emplois, l’amélioration de l’éducation, de la santé et le renforcement de la diplomatie régionale.
Le patriotisme ne consiste pas seulement à célébrer l’indépendance. Il consiste à défendre la souveraineté nationale, protéger l’intégrité territoriale, respecter la Constitution, garantir les libertés publiques et construire des institutions capables de survivre aux hommes qui les dirigent.
Soixante-six ans après l’indépendance, le peuple congolais est en droit d’exiger un État qui protège, une justice qui rassure, une économie qui crée des opportunités et une armée qui dissuade toute agression.
L’indépendance véritable ne sera pleinement réalisée que lorsque chaque Congolais, de Goma à Kinshasa, de Bunia à Matadi, pourra vivre en sécurité, librement et sous la protection effective d’un État fort, républicain, démocratique et souverain.
Prince Kinana
Président du MND
Membre de la conférence des présidents du C64
