Soixante-six ans après l’indépendance, la République démocratique du Congo demeure prisonnière d’un cycle récurrent de crises sécuritaires, institutionnelles, économiques et sociales. Cette réalité interroge non seulement la gouvernance actuelle, mais également la capacité des élites politiques à construire un véritable État stratège fondé sur la souveraineté populaire, l’efficacité institutionnelle et la justice sociale.

L’histoire politique contemporaine démontre qu’aucune nation ne peut durablement se développer sur la base du populisme émotionnel, du clientélisme politique ou du culte de la personnalité. Les sciences politiques et économiques enseignent qu’un État stable repose sur quatre piliers fondamentaux : la légitimité démocratique, la solidité des institutions, la sécurité nationale et la confiance entre gouvernants et gouvernés. Or, lorsque le pouvoir se replie sur le nombrilisme partisan, l’arrogance institutionnelle et la propagande politique, il fragilise lui-même les fondements de la République.

Le pouvoir incarné aujourd’hui par l’Union pour la démocratie et le progrès social et ses alliés semble davantage préoccupé par la conservation du pouvoir que par la reconstruction stratégique de l’État. Pendant que l’Est du pays continue de subir l’instabilité sécuritaire, que la jeunesse s’enfonce dans le chômage massif et que les services publics demeurent défaillants, le débat politique est artificiellement déplacé vers la question du changement constitutionnel et de l’éventualité d’un troisième mandat.

Sur le plan juridico-constitutionnel, toute tentative de remise en cause des principes fondamentaux de limitation du pouvoir constitue une menace directe contre l’équilibre républicain. Dans une démocratie moderne, la Constitution n’est pas un instrument au service d’un individu ou d’un régime ; elle est le contrat suprême qui protège la nation contre la dérive autoritaire. La limitation des mandats présidentiels représente un mécanisme universel de prévention de la personnalisation du pouvoir et de confiscation de la souveraineté populaire.

Les économistes institutionnalistes démontrent également qu’aucun investissement durable, aucune croissance solide et aucune stabilité monétaire ne peuvent prospérer dans un environnement marqué par l’incertitude constitutionnelle et les tensions politiques permanentes. Chaque débat opportuniste sur la modification des règles du jeu démocratique affaiblit davantage la crédibilité de l’État, réduit la confiance des citoyens et accentue les fractures sociales.

La véritable urgence nationale n’est donc pas de modifier la Constitution, mais de restaurer l’autorité de l’État, renforcer l’armée, sécuriser les frontières, industrialiser l’économie, lutter contre la corruption et réhabiliter les institutions publiques. Les grandes nations ne se construisent ni par les slogans, ni par l’intimidation politique, ni par la propagande d’État, mais par la compétence, la rigueur, la justice et une vision stratégique de long terme.

Le peuple congolais n’a jamais donné mandat à qui que ce soit pour transformer la République en patrimoine politique privé. La République démocratique du Congo est une République démocratique, non une monarchie électorale. Le respect de l’ordre constitutionnel demeure la condition minimale de la paix civile et de la stabilité nationale.

Non au changement opportuniste de la Constitution ;

Non au troisième mandat ;

Non à la personnalisation du pouvoir ;

Non à la confiscation de la souveraineté populaire ;

Non à toute dérive dictatoriale.

Le salut national passera par l’État de droit, l’alternance démocratique et la restauration du contrat républicain entre le peuple et ses institutions.

 

Prince Kinana

La relève