Cellules surpeuplées, détenus dormant à même le sol, manque de médicaments et mineurs dans des espaces inadaptés : le Ministre d’État, Ministre de la Justice et Garde des Sceaux, Guillaume Ngefa Atondoko Andali, est allé à la rencontre des détenus du Kongo Central pour se rendre compte de leurs conditions de détention.

De Madimba à Matadi, en passant par Inkisi, Mbanza-Ngungu, Muanda et Boma, il a parcouru prisons, maisons d’arrêt et services judiciaires, échangeant directement avec détenus et responsables.

À Matadi, la prison centrale, conçue pour 150 personnes, accueille 834 détenus, dont 498 prévenus, 306 condamnés et une trentaine de mineurs, selon l’administration pénitentiaire.

Dans une pièce d’environ huit mètres carrés, plus de 130 détenus passent la nuit. Plusieurs ont expliqué au Ministre que le manque d’espace les contraint à dormir accroupis ou serrés les uns contre les autres, une pratique appelée « phénomène casier ».

Certains lui ont montré leurs pieds gonflés, qu’ils attribuent à ces conditions de couchage. La délégation a également constaté des infiltrations d’eaux usées près d’un dortoir.

Dans le quartier des femmes, des détenues ont évoqué le manque de couchettes et de matelas. Des prisonniers ont par ailleurs affirmé que des paiements seraient réclamés à leurs proches lors des visites, des allégations à vérifier par les services compétents.

« Vous êtes des concitoyens »

À Mbanza-Ngungu, Guillaume Ngefa a rencontré plusieurs centaines de détenus dans l’enceinte d’une prison aménagée dans une ancienne maternité. Prévue pour 150 personnes, elle en accueille 427, dont 191 prévenus et 236 condamnés, selon la direction.

Prévenus et condamnés y cohabitent, les mineurs ne disposent pas d’un quartier adapté et plusieurs détenus dorment à même le sol.

« Je suis venu vous rencontrer parce que vous êtes des concitoyens. Vous êtes en conflit avec la loi, mais nous avons la responsabilité de vous protéger et de nous assurer que vous êtes détenus dans des conditions acceptables et prévues par la loi », leur a déclaré le Ministre.

Certains détenus ont contesté leur condamnation ou la durée de leur détention. L’un d’eux a affirmé avoir purgé une peine de 20 mois et être resté incarcéré au-delà.

Pour le Ministre d’Etat, ces situations devront être vérifiées par les services judiciaires compétents, sans préjuger des décisions rendues.

Des mineurs parmi les détenus

La présence de mineurs a particulièrement retenu l’attention du Garde des Sceaux. À Matadi, certains adolescents rencontrés ont déclaré n’avoir que 13 ans. L’un d’eux a affirmé être détenu depuis deux mois pour le vol présumé de 30.000 francs congolais. Une jeune fille mineure a également été rencontrée.

À Muanda, la visite du parquet près le Tribunal de paix a mis en évidence l’absence d’espace approprié pour les enfants en conflit avec la loi.

À Inkisi, le Ministre a trouvé des détenus assis à même le sol dans une cellule exiguë. Le procureur de la République a plaidé pour la construction d’une prison adaptée, la maison d’arrêt actuelle ne disposant ni de clôture ni d’infirmerie.

Alimentation et soins sous pression

À Mbanza-Ngungu, le Ministre d’Etat a inspecté le dépôt de vivres, la cuisine et l’infirmerie. Selon les responsables, les détenus reçoivent un repas par jour. L’infirmerie dispose de peu de médicaments et des cas de tuberculose et de choléra ont été signalés.

Des retards dans le versement des subventions destinées notamment à l’alimentation ont également été rapportés.

Guillaume Ngefa a dénoncé les pratiques dites d’« opérations retour », consistant, selon lui, à prélever indûment une partie des ressources destinées aux prisons. Il a annoncé une révision du circuit de décaissement afin que les fonds atteignent effectivement leur destination.

Voir pour mieux agir

À Boma, le Ministre a visité l’ancien fort militaire de Shinkakasa, dont la réhabilitation aux normes pénitentiaires modernes pourrait être étudiée pour contribuer au désengorgement des prisons.

Au terme de cette tournée, plusieurs priorités se dégagent : désengorgement des établissements, séparation des catégories de détenus, protection des mineurs, amélioration de l’alimentation et des soins et gestion transparente des ressources.

Pour le Garde des Sceaux, ces visites doivent permettre de confronter les informations administratives aux réalités vécues dans les prisons afin d’orienter les mesures de suivi, avec un principe : « la privation de liberté ne saurait être une privation de dignité », a-t-il dit.

 

Cellule de Communication/Ministère de la Justice