Par-delà les discours officiels et les effets d’annonce, la question sécuritaire en République démocratique du Congo mérite une évaluation rigoureuse, fondée non sur les intentions proclamées mais sur les résultats observables. La défense récente du Vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur, Jacquemain Shabani Lukoo, s’inscrit dans une logique de communication politique classique : valoriser les moyens engagés pour occulter l’absence de transformation réelle du vécu sécuritaire des citoyens.
Or, en matière de sécurité publique, la science politique est sans équivoque : ce qui compte, ce n’est pas ce que l’État fait, mais ce que la population ressent et vit au quotidien.
Une insécurité persistante malgré l’activisme gouvernemental
À Kinshasa comme dans plusieurs grandes villes du pays, les indicateurs empiriques sont alarmants : recrudescence des gangs urbains, violences nocturnes, justice populaire et sentiment généralisé d’abandon. Cette réalité traduit ce que le sociologue Max Weber définissait comme l’érosion du monopole de la violence légitime, fondement même de l არსებence de l’État.
L’intensification des patrouilles ou les opérations ponctuelles comme “Ndobo” ne sauraient masquer cette évidence : l’État peine à assurer sa fonction régalienne première, celle de protéger.
La répression sans stratégie : une impasse sécuritaire
Les politiques actuelles reposent essentiellement sur une logique répressive : arrestations massives, audiences foraines, démonstrations de force. Pourtant, les travaux du criminologue David Garland démontrent que la répression isolée produit des effets limités et souvent contre-productifs lorsqu’elle n’est pas accompagnée de politiques sociales et préventives.
En RDC, les racines structurelles de la criminalité — chômage massif des jeunes, urbanisation anarchique, désintégration du tissu social — restent largement ignorées. Résultat : une criminalité qui se régénère plus vite qu’elle n’est combattue.
Une réforme policière sans moyens : la fiction institutionnelle
La réforme de la Police nationale congolaise, présentée comme une avancée majeure, souffre d’un handicap fondamental : l’absence de capacité étatique réelle pour sa mise en œuvre. Comme le souligne le politologue Francis Fukuyama, une réforme n’existe que si les institutions disposent des ressources nécessaires pour l’appliquer.
Annoncer le recrutement de dizaines de milliers de policiers sans financement garanti ni mécanismes de contrôle efficaces relève davantage de l’affichage politique que d’une transformation structurelle.
Le mirage technologique face à la réalité institutionnelle
Le recours aux solutions technologiques ; numéros d’urgence, coordination avec les opérateurs télécoms, s’inscrit dans ce que le chercheur Evgeny Morozov appelle le “solutionnisme technologique” : la croyance selon laquelle la technologie peut compenser les défaillances institutionnelles.
Or, sans discipline organisationnelle, sans éthique professionnelle et sans chaîne de commandement efficace, ces outils restent largement symboliques.
Une crise de confiance entre population et forces de l’ordre
La sécurité ne se résume pas à la coercition. Selon les standards internationaux, notamment ceux promus par le United Nations Development Programme, elle repose avant tout sur la confiance entre les citoyens et les forces de l’ordre.
En RDC, cette confiance est profondément fragilisée : perception d’arbitraire dans les interventions ; recours fréquent à la justice populaire ; sentiment d’impunité ou d’injustice.
Une police redoutée mais non respectée ne garantit pas la sécurité ; elle l’érode.
La motion de défiance : un impératif démocratique, non une cabale
Qualifier les critiques à l’encontre du VPM de “cabale politique” revient à nier les fondements mêmes de la démocratie. Comme l’a établi le théoricien Robert Dahl, le contrôle parlementaire est un mécanisme essentiel de reddition des comptes.
La motion de défiance n’est pas une manœuvre politicienne : elle est l’expression légitime d’une exigence de résultats dans un domaine aussi vital que la sécurité.
Un bilan d’actions sans impact réel
Au regard des paradigmes scientifiques en matière de sécurité et de gouvernance, le constat est clair : le bilan présenté par les défenseurs du VPM est un bilan d’activités, non un bilan de résultats.
La véritable question demeure : les Congolais se sentent-ils aujourd’hui plus en sécurité qu’hier ?
Tant que la réponse restera négative, aucune communication, aucune réforme annoncée, aucune opération médiatisée ne pourra masquer l’essentiel : l’échec d’une politique publique à répondre à l’angoisse quotidienne des citoyens.
La sécurité ne se proclame pas, elle se prouve. Et aujourd’hui, dans les rues de Kinshasa comme ailleurs en RDC, elle reste à reconstruire. Le Pays c’est HAÏTISÉ et l’insécurité est l’unité de Mesure du régime Félix Tshisekedi
PrinceKinana
La relève
Président du MND
