L’accueil populaire réservé à l’Équipe nationale de football de la RDC sur l’esplanade du Palais du Peuple aurait dû rester un moment d’unité nationale, une respiration collective dans un pays éprouvé. Mais la mise en scène politique orchestrée autour de cet événement, ainsi que les déclarations de Félix Tshisekedi, traduisent une dérive préoccupante : la transformation du football en instrument de légitimation politique.
*Une promesse sociale dans un décor sportif : confusion des priorités*
Au cœur de cette manifestation festive, le Chef de l’État a évoqué des promesses de création d’emplois pour les jeunes. Si cette ambition est en soi légitime, le cadre choisi interroge profondément.
En science politique, ce procédé relève d’une stratégie de “transfert émotionnel” : capitaliser sur l’euphorie collective pour faire passer des messages politiques. Or, la question de l’emploi des jeunes en RDC est une problématique structurelle, qui exige : des politiques publiques cohérentes, des mécanismes économiques solides, une planification rigoureuse.
La traiter dans un contexte festif revient à la désinstitutionnaliser, voire à la réduire à un simple slogan.
*La symbolique du pouvoir : entre nostalgie et inquiétude*
L’apparition vestimentaire du Président n’est pas anodine. Elle a suscité, dans l’opinion, des comparaisons avec Mobutu Sese Seko, figure emblématique d’un pouvoir fortement personnalisé.
En analyse symbolique du pouvoir, l’habillement d’un dirigeant est un langage politique : Il peut traduire une volonté de proximité, ou au contraire, une mise en scène de l’autorité.
Dans ce cas précis, cette référence implicite ravive le spectre d’un pouvoir centralisé, incarné et théâtralisé, en contradiction avec les exigences modernes de gouvernance démocratique.
*Un discours ambigu sur l’autorité : vers une dérive dangereuse*
Plus grave encore, le mot d’ordre invitant la population à procéder à l’arrestation des policiers constitue une rupture inquiétante avec les principes fondamentaux de l’État de droit.
Dans toute architecture institutionnelle stable, le monopole de la contrainte légitime appartient à l’État (Max Weber), et son exercice est strictement encadré par la loi.
Encourager une forme de justice populaire revient à : fragiliser les institutions, exposer les citoyens à des abus, et ouvrir la voie à l’anarchie. Ce type de discours est incompatible avec une gouvernance responsable.
La question de la prolongation des mandats : un silence révélateur
Alors que le pays est traversé par des débats sur la prolongation des mandats et le respect des équilibres institutionnels, cette manifestation aurait pu être l’occasion d’un message clair en faveur de la démocratie.
Mais le silence ou l’ambiguïté du pouvoir sur cette question renforce l’idée d’une stratégie plus large : consolider le pouvoir par des moyens indirects, tout en mobilisant l’émotion populaire pour neutraliser le débat critique.
*Le football pris en otage politique*
Le football, en tant que fait social total, devrait être un espace neutre, unificateur. Pourtant, sa récupération politique produit trois effets délétères :
Détournement de la ferveur populaire à des fins politiques ; confusion entre réussite sportive et performance gouvernementale, enfin le risque de polarisation d’un espace censé rassembler.
*Position de l’opposition : restaurer la dignité des institutions et du sport*
Face à ces dérives, l’opposition affirme avec fermeté : Le football doit rester un bien commun national, au service de l’unité.
Les politiques publiques, notamment sur l’emploi des jeunes, doivent être formulées dans des cadres institutionnels appropriés, pas dans l’euphorie des foules.
Aucun discours ne doit encourager des pratiques contraires à l’État de droit. Toute tentative de prolongation des mandats doit être fermement encadrée par la Constitution.
Conclusion : gouverner, ce n’est pas séduire, c’est structurer
La ferveur populaire n’est pas un capital politique à exploiter, mais une responsabilité à honorer. Le peuple congolais ne demande pas des effets de scène, mais des résultats concrets.
Confondre émotion collective et adhésion politique est une erreur d’analyse. Instrumentaliser le sport est une faute stratégique. Fragiliser les institutions est un danger historique.
Le Congo mérite mieux qu’un spectacle politique : il mérite un État fort, juste et responsable.
Prince Kinana
Président du MND
