Depuis l’ordre impérialiste de la Conférence de Berlin, la RD Congo est ballottée par les influences croisées des intérêts géopolitiques des puissances internationales. Né en forme de condominium, ce pays continue de servir comme d’une banale rampe de lancement de conquête de nouvelles puissances.

Rétracteur de sa vocation géostratégique au regard sa position de gâchette du « revolver Afrique », le Congo de Lumumba demeure la plaque tournante des mécanismes d’exploitation et de domination. Il vit dans un colonialisme déguisé et imposé par des pratiques sournoises de puissances capitalistes.

Point n’est besoin de rappeler que la RDC est un immense pays du point de vue géographique. Cette grandeur territoriale impose à son élite dirigeante de la hauteur et de la profondeur afin de la concilier à sa vocation de puissance. Il est inquiétant que la gouvernance de ce grand pays soit le reflet de l’absence d’une vision claire, d’une ambition de puissance clairement affichée dont les actions s’orientent dans sa concrétisation.

Depuis l’indépendance, les différents gouvernements ont tenté de s’arrimer aux exigences de la libéralisation et de la démocratie. Malheureusement, il s’est avéré que ces initiatives se sont accompagnées d‘une paupérisation toujours plus grandissante des populations sous le prisme d‘une exploitation généralisée des ressources naturelles convoitées. Cet état de chose est normalement questionnant et logiquement inquiétant.

Cette inquiétude convie à s‘appesantir sur la problématique des enjeux de la reconquête de sa vocation géostratégique comme thérapie de son impuissance qui n’est nullement une fatalité. Il s’agit du questionnement autour de ce qui explique et/ou conforte son impuissance. Il est donc question de révéler ou relever les fondements ou les raisons qui occasionnent, prolongent, confortent et/ou expliquent son impuissance et son état de déliquescence. Ces causes sont de plusieurs ordres notamment : historiques, structurels et ontologiques.

L‘impérialisme et la colonisation de la RDC par les puissances occidentales ont installé l‘essentiel de ce pays dans une posture désavantageuse, non seulement, sur les plans de la définition et du pilotage de ses priorités ainsi que le processus de son développement, mais également, dans la sphère de la géopolitique régionale et mondiale.

En guise de contrepoison, la RDC doit sortir des fausses batailles qui lui sont injustement imposées. Son combat pour la reconquête de sa vocation géostratégique devrait commencer par l’émanciper de sa souveraineté parcellaire dont la mise en œuvre de ses stratégies et politiques sont sujettes pour l‘essentiel à des conditionnalités dictées de l‘extérieur.

Cette dépendance s‘est construite, confortée et traduite à travers un ensemble de considérations qui manifestent et entretiennent sa cécité stratégique.

La bataille pour la reconquête de la vocation géostratégique de la RDC devrait la conduire à trouver son Goliath et livrer contre ce dernier une véritable course au leadership. Il s’agit des batailles dont la victoire aura comme conséquence la confirmation de sa posture de puissance dans la région et son prestige comme Etat souverain.

Comparativement à d’autres sphères géostratégiques de l’Afrique notamment : le Maghreb, l’Afrique de l’Ouest, de l’Est ainsi qu’australe où les vraies batailles de géants se livrent, la RDC est embourbée par une fausse bataille face à un nain géographique comme le Rwanda.

Stratégiquement parlant, la guerre que la RDC livre contre le Rwanda n’est qu’une digression stratégique (fausse bataille). Cela ne lui sera d’aucun profit. Il me semble que cet antagonisme est voulu et entretenu par le Rwanda, parce qu’il entre dans sa logique d’affirmation et de confirmation comme puissance régionale.

Les stratèges de ce pays savent pertinemment bien que les ambitions géopolitiques du Rwanda ne peuvent être soient prises au sérieux qu’en se mesurant avec un géant comme la RDC.

Concrètement, il transparaît que le Rwanda a pu trouver son Goliath. Malheureusement, il s’avère que ce géant aux pieds d’argile soit la RDC. Ainsi, toutes les énergies que la classe dirigeante déploie pour livrer cette bataille, ne lui apporteront aucune grandeur.

De manière claire, j’aimerais dire à la communauté congolaise que la guerre contre le Rwanda n’est qu’un somnifère qui n’a pour finalité qu’entretenir sa cécité stratégique afin de ne pas livrer les vrais combats pour son émancipation. Le Congo a plus à perdre qu’à gagner dans cette guerre. C’est une insulte que la RDC, dont le profil géophysique, démographique et socioéconomique, dresse le portrait d‘un Etat au potentiel inégalable, passe son temps à s’agenouiller face à un minuscule Etat comme le Rwanda.

Pendant qu’en Afrique de l’Ouest, une compétition pour la prééminence se caractérise par des concurrences sur la fonction de médiateur et le pouvoir d’influer sur les orientations politiques régionales entre les Etats notamment : le Nigeria, le Ghana, la Côte-d’Ivoire et le Sénégal, la RDC perd son temps à se battre contre le Rwanda.

Pendant qu’en Afrique du Nord, la « bataille de leadership » se manifeste par de divers conflits et compétitions pour le pouvoir entre le Maroc et l’Algérie ou encore l’Egypte, la RDC quant à elle, perd son énergie à livrer des batailles infructueuses contre le Rwanda.

Pendant qu’en Afrique orientale, on observe une intensification des rivalités de puissances, au niveau des acteurs régionaux notamment : l’Éthiopie, le Kenya, la Tanzanie et l’Ouganda dont chacun cherche à affirmer son influence et à consolider sa position, la RDC est tombée dans le piège de la guerre avec le Rwanda.

Pendant qu’en Afrique australe, la rivalité des puissances se manifeste à travers des tensions entre l’Afrique du Sud et d’autres acteurs régionaux notamment le Mozambique, ainsi que des influences externes comme la Chine et l’Inde, la RDC ne fait montre d’aucune dynamique géostratégique plus large, en se cantonnant sur le Rwanda.

Friedrich Nietzsche a dit : « Partout où j’ai trouvé quelque chose de vivant, j’ai trouvé de la volonté de puissance. » Pierre Buhler-Aron ajoute : « la volonté de puissance est avant tout la capacité d’une unité politique d’imposer sa volonté aux autres unités ».

Ainsi donc, la vocation géostratégique de la RDC reconquise suppose un Etat qui a triomphé de toutes les autres unités et assume la fonction d’assurer la paix civile à l’intérieur de ses frontières et la sécurité au-delà, tout en étant conscient que ces deux fonctions sont les deux faces du même bien public.

 

Silas Mimile MAKANGU, PhD.

Spécialiste des Questions Géopolitiques et Diplomatiques.

Professeur au Département des Relations Internationales de l’Université Pédagogique Nationale