L’article signé par Joseph Kabila, ancien président de la République Démocratique du Congo (RDC), est une tentative manifeste de réécriture de l’histoire récente du pays et une manœuvre politicienne visant à décrédibiliser le pouvoir actuel. Non seulement il ignore les responsabilités de son propre régime dans la crise actuelle, mais il fait également preuve d’une hypocrisie flagrante en attribuant à Félix Tshisekedi des pratiques et des dérives dont lui-même a été l’un des principaux artisans pendant ses 18 années au pouvoir.
*Une amnésie politique opportuniste*
Kabila tente de présenter la situation actuelle comme une conséquence exclusive de la gouvernance de Tshisekedi, alors que la crise sécuritaire et institutionnelle de la RDC trouve ses racines sous son propre règne. C’est sous sa présidence que les groupes armés se sont multipliés dans l’est du pays, que la corruption s’est enracinée et que l’appareil d’État s’est gangrené par le clientélisme et l’impunité.
Il est particulièrement cynique de l’entendre dénoncer aujourd’hui une supposée dérive dictatoriale de Tshisekedi alors que lui-même a cherché à s’accrocher au pouvoir en retardant les élections de 2016 à 2018, provoquant une crise politique majeure. Pendant cette période, son régime a violemment réprimé l’opposition et la société civile, ordonnant des arrestations arbitraires et des assassinats politiques.
De plus, s’il est vrai que la situation financière du pays est préoccupante, il faut rappeler que l’endettement dont parle Kabila est en grande partie une conséquence de la mauvaise gestion de son régime. La RDC, sous son autorité, a été pillée par des élites corrompues, les ressources minières bradées à des entreprises étrangères, et les infrastructures du pays laissées dans un état désastreux.
*Une tentative grossière de détourner l’attention*
Plutôt que d’admettre la responsabilité de son propre régime dans la crise sécuritaire actuelle, Kabila cherche à faire croire que la situation est uniquement le résultat d’une dérive autoritaire de Tshisekedi et d’une mauvaise gestion politique récente. Il minimise ainsi les menaces réelles posées par les groupes armés et les ingérences étrangères, notamment le rôle du Rwanda dans l’appui au M23.
En cherchant à repositionner le M23 comme un acteur légitime ayant des «revendications» justifiées, il suit une ligne de discours qui sert les intérêts de Kigali et des forces qui ont toujours cherché à déstabiliser la RDC. Or, la réalité est que le M23 est un groupe rebelle violent qui a massacré des civils et s’est rendu coupable de nombreuses exactions.
*Une posture démagogique et irresponsable*
L’accusation selon laquelle la SADC soutiendrait une prétendue « dictature » en RDC est une simplification outrancière et une insulte aux efforts régionaux pour ramener la paix. Contrairement à ce qu’affirme Kabila, la présence militaire de la SADC en RDC vise avant tout à contrer la menace représentée par le M23 et d’autres groupes armés qui mettent en péril la stabilité de tout le pays.
Enfin, sa critique des élections de 2023 est d’un opportunisme évident. Certes, ces élections ont connu des irrégularités, mais celles de 2006 et 2011 sous son régime étaient loin d’être exemplaires, marquées par des fraudes massives et une répression brutale des contestations. Son indignation actuelle sonne donc comme une tentative désespérée de discréditer un adversaire politique plutôt qu’une véritable défense de la démocratie.
*Conclusion : Une attaque infondée et intéressée*
Joseph Kabila, en signant cette tribune, ne cherche ni à résoudre la crise congolaise ni à défendre les intérêts du peuple, mais plutôt à préparer son retour politique en jetant le discrédit sur son successeur. Cependant, son passé et son bilan le rendent mal placé pour donner des leçons de démocratie et de bonne gouvernance.
Au lieu de se poser en donneur de leçons, Kabila devrait commencer par reconnaître sa part de responsabilité dans le chaos qu’il a laissé derrière lui. Quant à la RDC, elle n’a pas besoin d’une opposition nostalgique du passé, mais d’un engagement sérieux pour construire un avenir stable et prospère.
Par *Me Jacob MBANGI*
Doctorant en Droit et chercheur Indépendant.
