Des révélations de plus en plus accablantes ne cessent de sortir du procès qui oppose Chançard Bolukola, Directeur Général ad interim de FRIVAO au ministère public.
Entre surfacturation, détournement et absence totale de la maîtrise des dossiers engageant FRIVAO, Chançard Bolukola s’enfonce vers une condamnation et met en exergue le rôle joué par l’ancien Ministre de la Justice, Constant Mutamba, dans la dilapidation des fonds alloués aux victimes de la guerre de Kisangani, en attribuant des marchés notamment à des entreprises fictives notamment « l’entreprise Congo energy », tel que révélé par Chançard Bolukola à la question du tribunal lors de l’audience de ce vendredi 24 avril 2026.
A la question de la Cour de savoir pourquoi dans le dossier ICCN, l’on est parti de 700.000 dollars à 4.000.000 de dollars, le prévenu Chançard Bolukola a répondu : « la demande initiale était de 700.000 dollars mais la coordination du DG Mwarabu suspendue par Mutamba avait refusé parce que cette coordination avait exigé que la demande d’indemnisation émane de la direction générale de l’ICCN. Après étude, l’ICCN avait soumis une nouvelle demande de plus de 4.000.000 dollars ».
Vu la gravité des faits, le Procureur Général estime que la comparution de l’ancien Ministre de la Justice, Constant Mutamba, s’avère indispensable pour donner des précisions.
« La comparution de Mutamba dans ce dossier de détournement au sein de FRIVAO, devient de plus en plus indispensable et en cas de son implication, il sera jugé comme prévenu dans cette nouvelle affaire qui diffère de celle pour laquelle il est déjà condamné », a-t-on appris de certains juristes.
Autre fait, c’est la révélation du montant de 640.000 dollars américains décaissé au profit de l’entreprise DIVO, « sur instruction verbale de Constant Mutamba, afin de réaliser un documentaire de six minutes sur les victimes de la guerre de Kisangani », a fait savoir Chançard Bolukola, qui révèle également que le « marché a été conclu de gré à gré » en raison de l’urgence liée au dossier GENOCOST.
Selon CREFDL qui a publié un communiqué à cette occasion, le volume réel des marchés publics irréguliers conclus par le FRIVAO durant la période allant de 2022 à 2025 est estimé à environ 34,6 millions USD. Tous ces paiements ont été effectués sans respect de la loi relative aux marchés publics.
Pour le CREFDL, les enquêtes judiciaires devraient s’étendre à partir du premier encaissement des fonds par la RDC, intervenu le 02 septembre 2022. En outre, les montants indûment investis dans des activités économiques devraient être confisqués puis reversés au Trésor public.
Ainsi, le CREFDL appelle la justice à procéder à l’examen des marchés publics conclus en toute « opacité », notamment : CONGO ENERGY (14,9 millions USD pour la réhabilitation de la centrale de la Tshopo), la SNEL (9 millions USD pour le système électrique de Kisangani), l’ICCN (4 millions USD versés contre une demande initiale de 767 564 USD) et DIVO SARL (512 000 USD pour un documentaire, dont une partie aurait été extournée en 2025).
Selon cette organisation de la société civile, plusieurs paiements sont également qualifiés de « douteux », notamment ceux effectués à des sociétés comme GLOBAL ASSURANCE SERVICES (2 millions USD) ou HOTEL ZAMBEKE (1,5 million USD). La position de cette organisation corrobore celle de la Cour d’appel de Kinshasa qui, lors de l’audience précédente, a relevé l’absence de localisation et d’identité claire de certaines entreprises bénéficiaires, mettant en lumière l’existence de sociétés fictives impliquées dans les marchés du FRIVAO.
Depuis son opérationnalisation, les soupçons de détournement des fonds de réparation et d’indemnisation des victimes des activités illicites de l’Ouganda en République démocratique du Congo (FRIVAO) ne cessent de s’accroître, malgré le changement des différents comités de gestion. Le Centre de recherche en finances publiques et développement local (CREFDL Asbl) a mené une enquête sur la gestion de 194.999.940 USD encaissés entre janvier 2022 et décembre 2024 sur le compte 01024845401-28 USD MIN JUSTICE V/C FRIVAO, ouvert à la Rawbank.
Arrêté depuis le 25 juillet 2025, Bolukola est poursuivi pour détournement présumé de fonds destinés aux victimes de la guerre de six jours à Kisangani et pour violation de la loi sur les marchés publics.
