La politique étrangère américaine sous la deuxième présidence de Donald Trump se caractérise par un unilatéralisme assumé, un rejet du multilatéralisme, une diplomatie transactionnelle et protectionniste, et un pragmatisme brutal centré sur les seuls intérêts américains.

Les États-Unis d’Amérique s’éloignent de sa position de protecteur de la sécurité mondiale et des partenariats stratégiques qui les soutenaient. Avec Donald Trump, ils semblent revenir à une politique interventionniste. L’application de cette stratégie est conduite de façon imprévisible par un Président obnubilé par une puissance démesurée. Cette posture du trumpisme installe le doute et l’instabilité. Elle est situationniste, sans ligne directrice ni conception précise.

Au début de son mandat, sans concertation avec ses alliés traditionnels de l’Europe, Donald Trump a ouvert un dialogue direct et cordial avec Vladimir Poutine, pour mettre fin à la guerre en Ukraine.

Cette trajectoire diplomatique américaine fait montre que les anciennes alliances n’ont plus qu’une valeur résiduelle. Pourtant, la Russie, principale menace pour l’Union européenne, n’est pas perçue comme telle par l’Amérique. Cette attitude ambivalente de Trump est à la base de la relance des efforts de réarmement de l’Europe.

Outre la réticence diplomatique américaine vis-à-vis de l’Europe, le trumpisme s’illustre aussi par des mesures de restrictions coercitives à l’encontre des États voisins et partenaires commerciaux traditionnels.

En effet, dans une action unilatérale, le président Trump a imposé à ses voisins mexicain et canadien des taxes douanières de 25%, ce qui contredit ouvertement les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Il n’a cessé de menacer l’Union européenne de tarifs douaniers punitifs similaires, la considérant comme ayant été créée pour exploiter les États-Unis.

C’est au regard de ces initiatives diplomatiques qui sortent de la rectitude stratégique américaine ordinaire qu’il y a lieu de se questionner sur la viabilité et la durabilité de la politique étrangère de Donald Trump.

Il est au coeur d’un impérialisme menaçant, en premier lieu, contre son allié historique qu’est l’Europe.

L’administration américaine actuelle semble s’écarter de deux principes fondamentaux de la politique étrangère américaine historique, telle qu’elle fut définie par Roosevelt et Truman : le leadership sur l’Occident et le parrainage d’un ordre international libéral fondé sur le multilatéralisme. Ce faisant, elle compromet le soft power, un élément clé de la puissance américaine.

L’exception à la règle du trumpisme s’avère être l’Etat hébreu. Son ménagement dans les mesures punitives est stratégique. Dans la dynamique de réorganisation voire réorientation diplomatique sous Trump, l’Israël constitue un allié, un seul, qui joue le rôle de la tête de pont américaine au Proche-Orient.

Compte tenu de leur position géostratégique, les Israéliens se montrent disposés à lutter pour leur survie face à des adversaires qui coïncident avec ceux des États-Unis d’Amérique, dans une zone d’importance stratégique.

Toutefois, Israël constitue une singularité. Les autres nations traditionnellement alliées aux États-Unis ne présentent pas le même atout stratégique dans la logique de Trump.

Le trumpisme est bâti sur des nouveaux paradigmes qui se déclinent par le refus des schémas convenus,  créer un choc, laisser la poussière retomber et enfin travailler sur la nouvelle situation créée.

De mon avis de spécialiste des questions stratégiques et diplomatiques, la politique étrangère de Donald Trump qui sort de l’establishment est non viable et ne sera pas durable. Les lignes directrices de la politique étrangère américaine sont tellement ancrées qu’il est difficile voire inimaginable qu’un président puisse les modifier à lui tout seul. Il est question de la toute première puissance mondiale dont la politique étrangère est semblable à un paquebot, et dont le changement de cap doit s’effectuer lentement et sans à-coups.

Certes, il y a lieu de saluer le personnage Trump, un homme d’affaires pragmatique, et un homme politique qui prend acte des rapports de force et des changements géostratégiques. Cependant, son passage de ce que l’ancien premier ministre français Édouard Philippe d’« America First » à « America Only » fait que la viabilité et la durabilité de la plupart de ses décisions en politique étrangère soient remises en cause.

Animé par l’intérêt américain au détriment de ses partenaires stratégiques traditionnels, Donald Trump sait qu’il peut lutter contre la Russie et la Chine, mais leurs postures actuelles dans les relations internationales ne permettront pas de les subjuguer. Par conséquent, il estime nécessaire que les Américains tirent le meilleur parti possible de son influence. Cette influence est concentrée géographiquement dans ce qui est désigné comme l’Occident (Europe). Selon Trump, une utilisation poussée des ressources et des populations de cette zone doit être mise au service des intérêts américains.

Dans une perspective pragmatique, Donald Trump semble avoir compris qu’il est plus aisé d’exercer une influence géopolitique sur les partenaires traditionnels des États-Unis d’Amérique, plutôt que sur de ses antagonistes attitrés (la Russie et la Chine) dont l’équilibre de puissance est palpable. Cette observation suggère une possible disposition à collaborer à une redistribution de l’influence géopolitique globale.

Le paradoxe est que les États-Unis d’Amérique ne peuvent pas faire face à la Chine, la Russie et d’autres puissances moyennes montantes sans compter sur l’Europe. Ainsi, l’Europe constitue un pilier majeur d’affirmation de la puissance américaine. Renoncer à l’Europe, c’est renoncer à la puissance mondiale. C’est à cette théorie de jeu à somme nulle que Donald Trump se livre.

Or, pour le moment, la puissance américaine n’est pas contestée en Europe. Les rapports entre les États-Unis d’Amérique et l’Europe sont régis par la logique de la stabilité hégémonique. La mise en marge de cette grande entité de la géopolitique mondiale par Donald Trump conduira certainement à une volonté de puissance de cette dernière et à la remise en cause du paternalisme américain.

Dans cette hypothèse, Donald Trump pourrait compter le vol en éclats de la solidarité européenne sous les coups de boutoir de son l’administration. Probablement que la discorde européenne va s’accentuer sur la question de l’attitude à suivre vis-à-vis du nouveau maître.

La viabilité et la durabilité du trumpisme concernent aussi les différents accords que l’Administration Trump fait signer avec frasque. Après le rapprochement avorté avec Vladimir Poutine sur la guerre en Ukraine, ses frappes militaires contre l’Iran et le cessez-le-feu imposé, en passant par l’accord de principes Rwanda-RDC du 27 juin 2025, d’aucuns ne se demandent sur la volonté réelle de proposer de pistes de paix durable ou s’il est dans une quête narcissique de la reconnaissance internationale par un prix Nobel de la paix.

C’est ici, l’occasion, pour nous la RDC, de ne pas perdre de vue l’importance de développer une autonomie politique, diplomatique et stratégique gage d’une souveraineté assumée et d’une paix durable assurée. En effet, une bonne partie des spécialistes en relations internationales postulent sur l’éphémérité de la politique étrangère de Donald Trump.

Le Rwanda peut miser sur le dépérissement de l’administration Trump pour remettre en cause toutes les initiatives de paix et ses engagements diplomatiques. S’il faut considérer le fait que l’accord de Washington se focalise sur la sécurité entre la RDC et le Rwanda et sur des enjeux économiques et géopolitiques plus larges, dans lesquels les États-Unis entendent jouer un rôle, notamment dans le secteur minier, nous risquons de voir l’accord, les minerais être exploités et que la quête de la paix durable reste d’actualité.

Pour pallier ces incertitudes géopolitiques, il revient à la classe dirigeante congolaise d’agir avec lucidité et de faire preuve de l’invention stratégique et de la détermination politique, pour ne pas faire de ces accords de paix et partenariat avec les États-Unis d’Amérique de Trump, une aubaine d’une domination « douce » dont les retombées risquent d’être la somalisation et la frankensteinisation.

 

Par Silas Mimile MAKANGU, PhD.

Spécialiste des Questions Géopolitiques et Diplomatiques.

Professeur au Département des Relations Internationales de l’Université Pédagogique Nationale.