Lorsque l’ancien président Joseph Kabila prend enfin la parole après des années de mutisme, c’est pour parler d’un accord politique dont il fut pourtant le principal artisan — mais dont les conséquences ont davantage servi un clan qu’une nation.

Il évoque l’intérêt supérieur de la Nation. Pourtant, chacun se souvient qu’à la fin de son second mandat en 2016, la Constitution avait été bafouée, les élections repoussées, et le peuple maintenu dans l’incertitude. Ce n’est pas l’amour de la République qui a motivé cet « accord », mais une tentative de prolonger un pouvoir devenu fragile.

Kabila parle de « contre-vérités » alors qu’il a lui-même gardé le silence quand il fallait rassurer, apaiser, expliquer. Comment peut-il aujourd’hui faire la leçon à ceux qui, en 2019, ont dû hériter d’un pays en détresse : économie en berne, institutions décrédibilisées, insécurité persistante dans l’Est, écoles et hôpitaux délabrés ?

Ceux qui dénoncent la situation actuelle oublient que la racine de cette crise remonte à une gouvernance longue de 18 ans, marquée par l’absence de réformes structurelles durables, par une oligarchie nourrie d’impunité, et par un recul démocratique à peine maquillé.

Aujourd’hui, Joseph Kabila veut s’ériger en donneur de leçons, mais l’histoire ne s’efface pas à coups de discours bien rédigés. La mémoire du peuple congolais est intacte. Et ce peuple attend des hommes d’État qu’ils fassent face à leur passé avec honnêteté, pas avec orgueil.

S’il faut rétablir la vérité, alors qu’il commence par reconnaître ses erreurs. Le silence ne protège plus quand les faits parlent d’eux-mêmes.

 

Mardochée Nsele

Président de la Ligue des Jeunes FIDEC