Depuis quelques jours une polémique enfle la toile au sujet des propos du Pasteur Marcello Tunasi dans lesquels Papa Wemba et King Kester sont cités.
Depuis le début de cette affaire, j’ai lu et vu plus des bruits, d’émotions plutôt que des réflexions! C’est normal, c’est un sujet extrêmement particulier et partisan.
La sociologie de religion nous prévient que les faits religieux ne ressemblent pas à tous les autres, ils appartiennent à un ordre, tel quel, avant même de les étudier on adopte une posture, on a un parti pris, personne n’est libre, on les analyse selon qu’on est croyant ou incroyant.
Ainsi, toute la difficulté de demeurer objectif et lucide. Vu par un croyant, les propos du pasteur devaient engendrer «un amen», car il s’agit d’une révélation cependant curieux de constater que ces mêmes croyants jouent à la défensive. Et vu selon un incroyant, c’est un mépris en l’endroit des ces deux icônes de la musique congolaise.
Revenons à nos moutons.
Avec un peu de rigueur, j’estime que le pasteur a dit une partie de la vérité mais c’est aussi trompé, il y a du vrai et du faux dans ses dires.
La vérité est la suivante : la musique a participé à l’exaltation de vaniteux, du superficiel, du tape à l’œil, le désir de paraître que d’être. J’ai dit «a participé» c’est-à-dire «a contribué» et non «a crée» ce désir. Et papa Wemba comme tout musicien du monde ne s’est point écarté du sentier battu. Il est de notoriété publique que les musiciens sont aussi des vendeurs des illusions et c’est pas spécifique à l’artiste pré-cité, c’est inhérent à cet art.
La faiblesse des propos du pasteur
D’emblée pour analyser un fait social, il sied d’aborder les quatre paliers en profondeur de la vie sociale qui entretiennent des liens étroits, le pasteur n’a nullement exploré ces connaissances pour arriver à ces conclusions.
Dire que papa Wemba et King Kester ont forgé cette société c’est méconnaître le rôle de l’éducation, de l’enseignement et de la formation. C’est l’éducation qui forge un idéal type de l’être et non les comportements des musiciens. Si la société a atteint cette déchéance morale, la cause première n’est ni papa wemba,ni kester mais plutôt la défaillance de l’éducation. Il faut également relever l’implosion de la famille avec pour conséquence la perte de l’autorité parentale, la démission de l’Etat, la pauvreté, l’ignorance…voilà les vraies causes des cette déviance abordée par le pasteur. L’éducation est un vaccin contre toute forme de manipulation de l’esprit, elle immunise l’être contre les dérives et assure un développement harmonieux de son existence, si le congolais fait fausse route, il ne faut pas trouver des bouc-émissaires, c’est l’éducation la cause, laquelle éducation devait être assurée par l’Etat et la famille principalement. En lieu et place de pointer les institutions sociales,le pasteur a cité que deux stars qui selon lui sont la cause d’une certaine éducation, c’est faux! Et dans tout ça,quelle est la part de l’église?
Aussi, il sied de noter que la culture n’est pas figée, elle subit des chocs,des emprunts, si la jeunesse d’hier aujourd’hui devenu veilleuse, avait pour modèle Papa wemba et kester,aujourd’hui d’autres icônes influencent la jeunesse donc la société n’a pas un repère unique intemporel pour lui imputer tous les échecs sociaux à l’éternité.
Aussi,dire que ces deux musiciens ont engendré notre conscience,notre identité, c’est reconnaître l’échec de toute l’élite congolaise : les pasteurs, les scientifiques… car ils n’ont su imposer des repères sociaux et de modèles de vie.
La personnalité de base de congolais est tributaire à son environnement social, politique, économique, culturel, son passé, éducatif…et non à Papa Wemba et Kester principalement.
Notre système éducatif n’a jamais corrigé notre philosophie de l’immédiat, ce qui diminue notre capacité à investir et augmente notre volonté d’attendre ce qui peut nous tomber du ciel, et les églises ont contribué à pérenniser ces fléaux et exploité notre faiblesse.
La culture financière s’apprend, combien de parents, combien de cours préparent les enfants à faire face à ce défi?
Les vrais problèmes sont ailleurs, posons des bons diagnostics pour espérer des vrais remèdes.
Héritier Ngashi, Sociologue.
