Une nouvelle structure professionnelle a vu le jour en République démocratique du Congo. « Pleine d’ambitions », Voix de la presse a été présentée au public ce mercredi 29 juillet à Kinshasa. Pour sa sortie officielle, cette association réunissant des professionnels des médias de divers horizons a marqué les esprits, avec un panel autour du journalisme à l’ère de l’intelligence artificielle. Tour à tour, le professeur Pierre N’Sana, secrétaire général de l’UNISIC, le chercheur Axel Gontcho et l’expert Ghislain Kabeya ont exposé autour des dangers et opportunités de cette avancée technologique sur le métier de journalisme.

Bien avant l’ouverture du panel, Prince Mayiro, président du comité de provisoire de Voix de la presse, a étalé la vision de la structure qui s’est fixé pour ambition de contribuer à la transformation du paysage médiatique congolais.

« Le 29 juillet ne marque pas seulement la sortie officielle de La Voix de la Presse, mais surtout le début d’un engagement. Un engagement d’une génération de professionnels des médias décidés à écrire une nouvelle page du journalisme congolais. Notre ambition est de faire de La Voix de la Presse un moteur de transformation », a-t-il déclaré.

La vision de Voix de presse est de contribuer à faire émerger une presse congolaise libre, crédible, innovante et économiquement forte, portée par des journalistes compétents, solidaires et conscients de leur responsabilité envers la société. « Nous ne voulons pas seulement accompagner le changement. Nous voulons participer à le conduire. Nous voulons que le journaliste congolais soit reconnu non seulement pour son courage, mais aussi pour son professionnalisme, son expertise et sa capacité à produire une information qui éclaire les citoyens et renforce la démocratie », a poursuivi Prince Mayiro.

L’appel du CSAC sur la responsabilité du journaliste

Présent dans la salle, le président du Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication (CSAC) a encouragé les journalistes à faire preuve de responsabilité dans le traitement de l’information.

« Informer, ce n’est pas relayer tout et n’importe quoi. Informer, c’est vérifier, contextualiser, hiérarchiser. La vitesse ne doit jamais tuer la vérité. Dans un contexte marqué par la désinformation, et parfois même par des tensions ou des crises, le rôle du journaliste devient encore plus exigeant. Informer, oui. Mais sans fragiliser la société ni mettre en danger la Nation », a exhorté Christian Bosembe.

Au cours du panel, le professeur Pierre N’Sana a appelé les professionnels des médias à rester maîtres de l’utilisation de l’intelligence artificielle, insistant sur les deux volets de la formation des journalistes : formation universitaire mais surtout formation continue, parce que, selon lui, le journalisme est un métier particulier.

« L’université a pour première mission de former les étudiants à l’esprit critique. Cet esprit critique permet de prendre des distances avec l’émotion », a-t-il lancé.

Abordant le volet IA, le SG à la recherche de l’UNISIC a encouragé son usage, tout en insistant sur la responsabilité, précisant que le journaliste devrait demeurer son maître pour ne pas en déformer l’usage.

Pour sa part, le chercheur Axel Gontcho a rappelé que l’IA « n’est plus une promesse du futur », mais se retrouve « déjà installée dans les rédactions ». A ce titre, cette avancée technologique « fait désormais partie » du quotidien des journalistes. Toutefois, il a relevé deux pièges extrêmes à éviter, notamment la technobéatitude et la technophobie.

Le premier piège consiste à croire que l’IA résoudra tous les problèmes de la société. La seconde pousse à rejeter carrément cet outil par peur. « L’IA est un amplificateur. Que peut-elle apporter aux journalistes ? Elle permet notamment de libérer du temps pour le travail de terrain. Imaginez qu’une interview d’une heure puisse être retranscrite en quelques secondes. Elle permet ainsi aux journalistes d’améliorer leur productivité », a-t-il expliqué.

Dernier paneliste, Ghislain Kabeya a abordé les enjeux juridiques liés à l’usage de l’intelligence artificielle. « Parmi les métiers au cœur des mutations figure le vôtre. Vous êtes exposés au risque de manipulation des contenus. Dans vos recherches, vous pouvez également être confrontés à des contenus portant atteinte à la vie privée. Avec le Code du numérique, une notion essentielle entre en jeu, celle de la responsabilité. Elle englobe la dignité humaine, la responsabilité sociale, la véracité et l’indépendance. La manière dont vous informez guide la morale commune », a-t-il souligné.

Voix de la presse veut conquérir l’espace médiatique congolais

Nouveau-né du paysage médiatique congolais, Voix de la presse refuse cependant toute polémique. « L’ambition est de s’imbriquer dans le système existant », a précisé Prince Mayiro.

Pour adhérer à cette nouvelle structure, il faudrait être professionnel des médias (journalistes, caméramans, preneurs de son, réalisateurs, community managers, photographe, …) exerçant régulièrement en RDC et remplir une fiche d’adhésion disponible au secrétariat de l’association. Cependant, toute demande d’adhésion est soumise à validation.

Aussi, Voix de la presse prévoit deux autres catégories pour les non-professionnels des médias. Il s’agit des membres sympathisants et des membres d’honneur. « Pour accéder à ces statuts, les personnes intéressées peuvent se rapprocher du secrétariat », précise l’association.

Regroupant des professionnels des médias congolais engagés dans la défense des droits des journalistes, la promotion de l’excellence professionnelle et la réflexion sur l’avenir du métier en République démocratique du Congo, Voix de la presse entend, selon ses initiateurs, promouvoir les valeurs d’éthique, de solidarité et de professionnalisme.