Par l’adoption de la résolution 2808 du Conseil de sécurité des Nations unies, la communauté internationale a réaffirmé son engagement envers la République démocratique du Congo (RDC), dans un contexte marqué par la résurgence des groupes armés, l’instabilité régionale et les tensions géopolitiques croissantes dans la région des Grands Lacs. Loin d’être un simple renouvellement technique du mandat de la MONUSCO, cette résolution constitue un outil stratégique majeur pour la défense de la souveraineté congolaise et la reconfiguration des équilibres sécuritaires régionaux.
Une reconnaissance implicite de la gravité de la menace sécuritaire
La résolution 2808 intervient à un moment critique. La persistance des violences dans l’est de la RDC, notamment celles attribuées au M23 et à d’autres groupes armés, démontre que la crise congolaise n’est pas uniquement interne, mais profondément régionale et géopolitique. En renouvelant un mandat robuste de la MONUSCO, incluant la Force d’intervention, le Conseil de sécurité reconnaît implicitement que la RDC fait face à des menaces asymétriques dépassant ses seules capacités nationales.
Cette reconnaissance est en soi un avantage stratégique : elle confère à Kinshasa une légitimité diplomatique renforcée dans ses revendications sécuritaires et dans sa dénonciation des soutiens extérieurs aux groupes armés opérant sur son territoire.
La MONUSCO comme instrument de dissuasion et de stabilisation
Sur le plan opérationnel, la résolution 2808 maintient une présence onusienne significative, tant en effectifs qu’en mandat. Cette présence joue un double rôle. D’une part, elle contribue à la protection directe des populations civiles, objectif central dans un pays où les conflits armés ont causé des millions de victimes. D’autre part, elle agit comme un facteur de dissuasion face aux acteurs armés, étatiques ou non étatiques, tentés d’exploiter les fragilités sécuritaires de la RDC.
Dans un environnement régional volatil, la MONUSCO demeure ainsi un tampon stratégique, limitant l’escalade militaire et réduisant le risque d’un conflit ouvert entre États.
Un appui à la souveraineté plutôt qu’une tutelle
Contrairement aux critiques récurrentes qui présentent la MONUSCO comme une atteinte à la souveraineté nationale, la résolution 2808 met davantage l’accent sur le renforcement des capacités congolaises. Le soutien aux Forces armées de la RDC, à la réforme du secteur de la sécurité et aux mécanismes de désarmement, démobilisation et réintégration s’inscrit dans une logique de transfert progressif de responsabilités.
À ce titre, la résolution ne doit pas être perçue comme une prolongation indéfinie de la présence onusienne, mais comme une fenêtre stratégique offerte à l’État congolais pour consolider son autorité, restaurer la confiance des populations et préparer une sortie ordonnée et responsable de la mission.
Un message politique adressé à la région des Grands Lacs
Enfin, la portée de la résolution 2808 dépasse les frontières de la RDC. En condamnant explicitement les violences et en appelant au respect de l’intégrité territoriale congolaise, le Conseil de sécurité envoie un signal politique clair aux acteurs régionaux. La stabilité de la RDC est désormais reconnue comme une condition essentielle à la paix dans toute l’Afrique centrale.
Cette dimension géopolitique confère à la résolution un rôle de cadre normatif, susceptible d’appuyer les initiatives diplomatiques régionales et de renforcer les mécanismes de dialogue multilatéral.
Conclusion
La résolution 2808 n’est ni une solution miracle ni une fin en soi. Elle constitue toutefois un levier stratégique important pour la RDC, à condition qu’elle soit accompagnée d’une volonté politique nationale forte, d’une gouvernance sécuritaire cohérente et d’une diplomatie régionale proactive. Dans un monde marqué par le retour des rapports de force, la RDC dispose, à travers cette résolution, d’un instrument pour défendre sa souveraineté, protéger sa population et peser davantage sur l’échiquier régional.
Prince Kinana
Président du MND
La relève
