Les récentes tensions entre la Gouvernance provinciale de Kinshasa et le Vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur interviennent dans un contexte sécuritaire difficile. Mobondo, criminalité urbaine, braquages, violences diverses : pour de nombreux habitants, le quotidien s’apparente à un flux continu d’insécurité. Dans les quartiers comme dans le centre-ville, le sentiment d’abandon gagne du terrain.

Face à la montée de la criminalité et à l’expansion des groupes de délinquance urbaine, plusieurs observateurs pointent les difficultés rencontrées par la police nationale, jugée insuffisamment opérationnelle. Certains critiques estiment que ces contre-performances révèlent un manque de leadership au niveau central et regrettent que les réformes attendues pour moderniser la police n’aient pas produit les résultats espérés. D’autres, toutefois, soulignent que l’insécurité urbaine à Kinshasa relève également des compétences provinciales et municipales, rendant nécessaire une action coordonnée entre les différents niveaux de pouvoir.

C’est dans ce contexte déjà tendu que le VPM de l’Intérieur a initié une mission de contrôle au sein du gouvernement provincial de Kinshasa, une démarche qui suscite de vifs débats. Du côté de la Ville, certains y voient une initiative inconstitutionnelle ou insuffisamment fondée juridiquement, tandis que d’autres y décèlent une tentative d’ingérence dans la gestion provinciale. Le VPM, de son côté, affirme agir dans le cadre de ses prérogatives afin de garantir la transparence et la redevabilité.

Plusieurs juristes et experts rappellent que, conformément à la Constitution et à la Loi organique de 2008, Kinshasa relève du principe de la libre administration des provinces (articles 3, 171, 195 à 198, 204 et 221). Ils soulignent notamment que :

la Ville-province dispose d’une autonomie dans la gestion de ses ressources humaines, financières, économiques et techniques ;

ses ressources sont distinctes de celles du gouvernement central ;

le contrôle de ses finances relève principalement de l’Assemblée provinciale, de l’Inspection générale des finances (IGF) et de la Cour des comptes, conformément à l’article 46 de la Loi organique.

Pour les autorités provinciales, contester cette mission ne revient donc pas à s’opposer à la bonne gouvernance. La Ville rappelle avoir travaillé tout au long de l’année 2024 sous la supervision de l’IGF à la demande du gouverneur. Un rapport a été déposé auprès de la Cour des comptes, et un autre transmis à la Direction des rééditions des comptes concernant les fonds octroyés par le Gouvernement central.

Dans ce climat institutionnel délicat, la question centrale reste la même : comment assurer un contrôle efficace tout en respectant les compétences et l’autonomie garanties par la Constitution ? Le débat, loin d’être clos, est désormais au cœur des relations entre le pouvoir central et la Ville-province.