Alors que les villes de la RDC s’étendent à grande vitesse, les urbanistes, pourtant essentiels à leur organisation, sont relégués à l’arrière-plan. Un paradoxe qui coûte cher au pays.
Kinshasa, Lubumbashi, Goma… Partout, les villes congolaises s’étendent, souvent sans plan, sans règles, sans vision. À mesure que la population urbaine explose, les problèmes s’accumulent : embouteillages, inondations, pollution, insécurité foncière. Et au milieu de ce chaos, une profession semble invisible : les urbanistes.
Nous étions formés pour anticiper, organiser, proposer des solutions. Mais on nous consulte rarement, et nos propositions sont souvent ignorées.
Une expertise ignorée
Le paradoxe est frappant. Alors que l’aménagement du territoire devrait être confié à des professionnels, ce sont souvent des autorités locales ou coutumières qui décident, dans l’urgence, sans coordination. Le cadre légal, quant à lui, reste flou ou dépassé, laissant place à des initiatives individuelles, parfois contradictoires.
Résultat : des quartiers naissent sans routes ni égouts, des habitations sont construites sur des zones inondables, des réseaux sont saturés avant même d’être opérationnels. Les urbanistes, eux, restent en marge, cantonnés à des rôles administratifs ou consultatifs, quand ils ne sont pas simplement écartés.
Un coût pour la société
Cette marginalisation a un prix. Elle freine le développement durable, alimente l’informalité, aggrave la précarité. On ne peut pas construire des villes résilientes sans urbanisme. Ce n’est pas une option, c’est une nécessité et une urgence.
Pour de nombreux spécialistes, il est urgent de remettre les urbanistes au cœur des politiques publiques. Cela passe par la réforme du cadre juridique, la création d’institutions solides et la sensibilisation des décideurs.
Une ville, ça se construit
Dans un pays où plus de la moitié de la population vivra bientôt en zone urbaine, la planification n’est plus un luxe. C’est une urgence.
Redonner aux urbanistes leur juste place, ce n’est pas leur faire une faveur. C’est assurer à des millions de Congolais le droit de vivre dans des villes humaines, sûres, durables.
Fiston ILANGI NDEKE
Urbaniste | Enseignant-Chercheur à l’Institut Supérieur d’Architecture et d’Urbanisme de Kinshasa
