Dans toute démocratie responsable, la sécurité des citoyens constitue la première des missions régaliennes de l’État. Lorsqu’un gouvernement commence à nier les faits rapportés quotidiennement par la population, les médias et les acteurs de la société civile, il ne s’agit plus d’un simple problème de communication politique : c’est un problème grave de gouvernance sécuritaire.

La récente déclaration du gouvernement congolais, affirmant que les enlèvements signalés à Kinshasa relèveraient de « fausses rumeurs », appelle un recadrage ferme, rationnel et scientifique. En matière de sécurité publique, la négation du phénomène constitue l’une des erreurs stratégiques les plus dangereuses qu’un État puisse commettre.

Les sciences criminologiques et les études en sécurité publique démontrent qu’un phénomène criminel suit généralement trois phases : l’émergence, la banalisation et la consolidation. Lorsque les autorités refusent de reconnaître l’émergence d’une menace, elles favorisent involontairement son enracinement. L’histoire sécuritaire de nombreux États montre que les crises commencent souvent par des signaux faibles ignorés par des gouvernements préoccupés par leur image plutôt que par la réalité du terrain.

À Kinshasa, les témoignages de familles, les alertes sur les réseaux sociaux, les signalements de disparitions et les récits de victimes constituent des indicateurs empiriques qu’aucune analyse sérieuse ne peut balayer d’un revers de main. La sécurité moderne ne se construit pas sur le déni, mais sur la collecte des données, la vérification des faits et la prévention.

Qualifier ces alertes de « rumeurs » sans enquête publique, sans statistiques criminelles transparentes et sans communication sécuritaire crédible relève d’une irresponsabilité politique. Un gouvernement sérieux aurait immédiatement ordonné une cartographie criminelle, mobilisé les services d’investigation et communiqué avec prudence afin de rassurer la population tout en traquant les réseaux criminels.

L’opposition républicaine rappelle ici un principe fondamental de la gouvernance sécuritaire : nier un phénomène ne le fait pas disparaître, mais affaiblit la confiance entre l’État et les citoyens. Or la confiance constitue l’élément central de toute stratégie de sécurité efficace. Un citoyen qui ne se sent pas protégé cesse de coopérer avec les institutions, et l’insécurité prospère dans ce vide.

Nous appelons donc le gouvernement à sortir immédiatement de cette posture de déni et à adopter une approche scientifique et responsable de la sécurité publique. Cela implique :

– la publication de statistiques criminelles crédibles et vérifiables ;

– l’ouverture d’enquêtes indépendantes sur les cas signalés ;

– la mise en place d’un dispositif spécial de lutte contre les enlèvements ;

– une communication transparente avec la population.

La République ne se gouverne pas par la négation des réalités vécues par les citoyens. Elle se gouverne par la lucidité, la responsabilité et l’action.

Car lorsqu’un État commence à qualifier les peurs légitimes de sa population de simples rumeurs, il cesse d’être protecteur pour devenir spectateur. Et un État spectateur face à l’insécurité met lui-même en danger la stabilité de la nation.

 

Prince Kinana

Président du MND

La relève