LETTRE OUVERTE
« MPUKU AMEMI CONGELATEUR » : UNE NOUVELLE MENACE POUR LA
JEUNESSE ?
Par Docteur Herve MUTINZUMU NANSUA
A Son Excellence Madame la Première Ministre, Cheffe du Gouvernement ;
A Son Excellence Monsieur le Ministre de la Santé Publique, Hygiène et Prévoyance sociale ;
Aux Autorités Sanitaires et Professionnels de Santé ;
Aux Parents et Educateurs ;
À l’ensemble de la population congolaise.
Objet : Alerte sanitaire sur l’usage abusif d’une préparation « Mpuku amemi congélateur »
composée de plusieurs médicaments.
Excellence Madame la Première Ministre,
En notre qualité de médecin, nous souhaitons attirer votre attention et celle de l’opinion nationale sur un phénomène particulièrement préoccupant : la consommation abusive, notamment chez les jeunes, d’une préparation communément appelée « Mpuku amemi congélateur ».
Selon les informations rapportées, cette préparation serait constituée d’un mélange de diazépam, tramadol, cyproheptadine, prométhazine et d’un autre produit dont la composition exacte devrait être vérifiée par une analyse pharmaceutique et toxicologique.
Il ne s’agit pas ici de simples produits anodins. Ce sont des médicaments qui, utilisés sans indication médicale, à des doses inappropriées ou associées entre eux peuvent provoquer des effets graves et parfois mettre en jeu le pronostic vital.
Pourquoi cette association est-elle préoccupante ?
Le diazépam est une benzodiazépine qui déprime le système nerveux central. Son usage abusif peut entraîner une somnolence importante, une diminution de la vigilance, des troubles de la mémoire et de la coordination, une dépendance et un syndrome de sevrage lors de l’arrêt après une consommation régulière.
La prométhazine possède également des propriétés sédatives importantes. Elle peut provoquer une somnolence, une diminution de la vigilance et des troubles de coordination.
La cyproheptadine, antihistaminique, peut elle aussi provoquer une somnolence et une altération de la vigilance lorsqu’elle est utilisée abusivement.
Le tramadol est particulièrement préoccupant. Il s’agit d’un antalgique opioïde susceptible d’entraîner une dépendance et une tolérance. Son utilisation excessive peut provoquer une dépression du système nerveux central, des troubles de la conscience et, dans les intoxications sévères, une dépression respiratoire.
Le tramadol présente également le risque de convulsion en cas de surdosage ou en association avec certains autres médicaments, comme on peut voir sur certaines vidéos des consommateurs de ce mélange publiée sur les réseaux sociaux.
Le danger peut être amplifié par le mélange car le problème ne réside pas uniquement dans chacun de ces médicaments pris séparément. Leur association peut majorer les effets dépresseurs sur le système nerveux central, avec une altération importante de la vigilance, de la coordination et du jugement.
Quels risques pour nos jeunes ?
Chez les jeunes, l’enjeu dépasse largement la seule intoxication aigue. L’usage répété et abusif de ces médicaments peut favoriser l’installation d’une dépendance.
À moyen et long terme, cette consommation peut être associée à :
– Une diminution de la concentration et des capacités d’apprentissage ;
– Des troubles de la mémoire et de la vigilance ;
– Une altération du jugement et de la prise de décision ;
– Des troubles de comportement ;
– Une dépendance et des difficultés de sevrage ;
– Des accidents liés à l’altération de la coordination et de la vigilance ;
– Et, dans les situations les plus graves, le décès.
Pour un jeune en âge scolaire ou universitaire, les conséquences peuvent devenir rapidement sociales : échec ou abandon scolaire, perte d’emploi, conflits familiaux, violences, accidents et rupture du projet de vie.
Nous ne devons pas attendre le décès pour réagir. La circulation d’une préparation présentée comme une drogue et composée de plusieurs médicaments doit être considérée comme un signal d’alerte de santé publique.
Il est essentiel de déterminer scientifiquement ce que contient exactement « Mpuku amemi congélateur », les quantités utilisées, les modes de préparation et de consommation, les populations exposées ainsi que les éventuelles complications déjà observées.
Nous lançons donc un appel aux autorités afin que soient rapidement entreprises :
1. Une investigation sanitaire et épidémiologique sur la circulation et la consommation de cette préparation ;
2. Une analyse toxicologique et pharmaceutique des produits présentés sous cette appellation ;
3. Le renforcement de la surveillance du détournement des médicaments à des fins récréatives ;
4. Une sensibilisation ciblée des jeunes dans les écoles, universités et communautés ;
5. Une information aux parents et éducateurs sur les signes d’alerte d’une intoxication ou une dépendance ;
6. Le renforcement des capacités des structures sanitaires pour la prise en charge des intoxications médicamenteuses et des troubles liés à l’usage des substances ;
7. Une collaboration entre les autorités sanitaires, la règlementation pharmaceutique, les professionnels de santé, les établissements d’enseignement et les communautés. Notre jeunesse ne doit pas devenir le laboratoire d’une nouvelle forme de toxicomanie.
Cette lettre n’est pas une accusation de la jeunesse. Elle est un appel à la prévention, la vigilance et l’action. Nous devons réagir avant que cette pratique ne devienne un phénomène de grande ampleur.
Protéger notre jeunesse contre l’usage abusif des médicaments, c’est protéger notre capital humain et l’avenir de la République Démocratique du Congo.
Excellence Madame la Première Ministre,
Je vous prie de bien vouloir accorder à cette alerte toute l’attention qu’elle mérite et d’instruire des investigations nécessaires afin que les mesures appropriées puissent être prises.
Veuillez agréer, Excellence Madame la Première Ministre l’expression de notre profond respect.
Dr. Hervé MUTINZUMU NANSUA
+243 972 499 656 ; 827 164 028
hmutinzumu@gmail.com
