Dans l’histoire des nations, la paix apparaît souvent comme l’horizon le plus désirable, presque comme une évidence morale. Pourtant, aucune paix durable ne s’est jamais construite sur la vulnérabilité. L’illusion selon laquelle le désarmement, la naïveté stratégique ou la complaisance diplomatique suffiraient à pacifier le monde s’est invariablement heurtée à la réalité des rapports de force. On peut vouloir la paix ; on ne peut pas la décréter. On peut la promettre, mais jamais l’obtenir au prix de sa propre faiblesse. Un État stratège l’a toujours compris : la paix n’est solide que lorsqu’elle repose sur un socle de sécurité.
Cette vérité, que l’époque semble parfois vouloir oublier, devrait pourtant s’imposer avec une évidence renouvelée. Les crises récentes — militaires, énergétiques, technologiques, sanitaires — ont révélé que les nations qui pensaient pouvoir se contenter de la stabilité apparente offerte par la mondialisation ont été brutalement rappelées à l’ordre. L’interdépendance, si souvent présentée comme un substitut à la puissance, peut devenir un piège lorsque les tensions s’exacerbent. Ne pas disposer des outils de sa propre sécurité, c’est dépendre de ceux des autres. Et dépendre des autres, c’est s’exposer au risque de voir ses intérêts essentiels conditionnés, négociés ou compromis.
La sécurité n’est pas l’antithèse de la paix : elle en est le préalable. Un État qui néglige sa défense, qui renonce à sa souveraineté industrielle, qui abandonne sa capacité de dissuasion ou qui affaiblit ses services de renseignement au nom d’une paix abstraite ne gagne jamais la paix. Il gagne du répit — et ce répit est souvent trompeur. L’histoire montre que la faiblesse n’apaise pas les ambitions, elle les encourage. L’absence de préparation stratégique ne rend pas le monde moins dangereux ; elle rend l’État plus vulnérable.
C’est pourquoi un État stratège ne sépare jamais sécurité et paix : il comprend que la première conditionne la second.
La diplomatie n’a de sens que si elle s’appuie sur une force crédible. La négociation n’est fructueuse que si elle repose sur une autonomie réelle. La paix n’est jamais obtenue par un renoncement, mais par une capacité d’action, par une solidité institutionnelle, par une souveraineté assumée. Un État qui cesse d’être maître de sa sécurité cesse progressivement d’être maître de son destin.
Or, les défis du XXIᵉ siècle amplifient encore cette exigence. La sécurité ne se limite plus au champ militaire : elle est aussi énergétique, numérique, industrielle, alimentaire, technologique. Un réseau électrique vulnérable, une chaîne d’approvisionnement dépendante, une cybersécurité défaillante, une industrie sinistrée : voilà autant de manières de perdre la paix sans jamais avoir connu la guerre. La puissance contemporaine n’est pas seulement la capacité de se défendre ; c’est la capacité de ne pas être mis à genoux par une crise prévisible.
Ainsi, ce que certains présentent comme une opposition — investir dans la sécurité ou promouvoir la paix — est en réalité une fausse alternative. La paix se cultive, mais elle se protège avant tout. C’est parce que l’État conserve les moyens d’assurer sa propre stabilité qu’il peut dialoguer avec ses partenaires, désamorcer des crises, éviter des escalades. L’abandon stratégique n’a jamais produit la paix ; la force maîtrisée, elle, y contribue.
Les dirigeants qui sacrifient la sécurité au nom d’une paix immédiate prennent un risque immense : celui de transmettre à la génération suivante un pays affaibli, dépendant et moins libre. L’impréparation se paie toujours plus cher que la prévention. Et aucune économie budgétaire, aucune posture morale, aucun compromis diplomatique ne compensera jamais le prix d’une perte de souveraineté. Le rôle d’un État n’est pas d’espérer que le monde reste stable, mais de s’y préparer lorsqu’il ne l’est plus.
Dans un environnement international traversé par la compétition des puissances, les ruptures technologiques et la multiplication des menaces hybrides, une évidence devrait s’imposer : la paix n’est jamais donnée ; elle se mérite. Et elle se mérite par la clairvoyance, la prévoyance et la solidité d’un État qui refuse d’abandonner les fondements de sa sécurité.
La paix se négocie. La sécurité, elle, ne se négocie jamais. Un État stratège le sait : ce n’est qu’en demeurant fort qu’il peut tendre la main.
La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens et alors si la diplomatie échoue, elle doit laisser la place aux armes.
Prince Kinana « la Relève »
Président du MND
